Loin de Zéphras
Les premiers jours sur Azeroth, ils dormaient mal.
Le silence entre deux bourrasques les réveillait. Les plafonds leur semblaient trop bas, les rues trop étroites, et les habitants de Hurlevent étrangement pressés pour des êtres qui vivaient si peu de temps. Certains gardaient dans leurs bagages une pierre, une poignée de terre ou une graine de Zéphras. Ils avaient quitté leur île avec des ordres précis. Rien ne les avait préparés à la nostalgie.
Parmi ces voyageurs de l'Ordre suprême, un petit groupe prit l'habitude de se réunir chaque soir pour confronter ses découvertes. On finit par les appeler les Héritiers du Zéphyr. Le nom resta, inscrit sur leurs carnets de voyage bien avant de figurer sur une bannière.
Ils partageaient une conviction : leur peuple devait pouvoir décider de son avenir, même lorsque ses protecteurs se taisaient. Mais ils se disputaient souvent sur les moyens d'y parvenir.
Leurs mages recherchaient des traités oubliés et les traces du savoir de leurs ancêtres. Leurs guerriers protégeaient les expéditions. Chasseurs et éclaireurs apprenaient les routes, les langues et les dangers de ce monde retrouvé. Chaque découverte était copiée, discutée, puis confiée à plusieurs porteurs. Aucun d'eux ne voulait voir l'avenir de son peuple dépendre d'un unique livre, d'un unique maître ou d'une unique promesse.
Le choix de l'Alliance engageait désormais leur vie. Ils en acceptaient les obligations, tout en supportant difficilement que certains interlocuteurs les traitent comme une curiosité ou une réserve de savoir à exploiter. Ils devaient apprendre à demander de l'aide ; leurs nouveaux alliés devaient apprendre à leur en proposer sans décider à leur place.
Quelques-uns avaient aussi laissé des proches parmi les Sculpte-vents. Les lettres destinées à ces familles restaient parfois des semaines dans leurs sacs. Il était plus facile de défendre une position devant un conseil que de l'expliquer à une sœur.
Les gardiens de la sève
Dans ce groupe, les druides occupaient une place essentielle.
Une archive pouvait enseigner comment entretenir un ouvrage ancien. Elle ne disait pas toujours comment nourrir ceux qui l'habitaient. Les druides observaient donc les sols, les eaux, les maladies et les cycles des forêts d'Azeroth. Ils conservaient des semences, échangeaient leurs connaissances avec d'autres praticiens et cherchaient ce qui pourrait, un jour, aider Zéphras à vivre autrement.
L'une d'elles avait emporté une branche de son île, devenue le cœur de son bâton. Des racines y retenaient une pierre verte dont la lueur accompagnait ses soins. Au fil du voyage, elle faisait croître autour du bois ancien de nouvelles pousses recueillies sur Azeroth. Elle voulait rapporter des connaissances vivantes, avec la responsabilité de comprendre ce qu'elle transportait avant de l'introduire chez elle.
La route de Hurlevent
La rencontre avec les Aragorn Knights survint au cours d'une escorte vers Hurlevent.
Un convoi transportant des voyageurs blessés et du matériel d'étude fut attaqué sur la route. Les Éolides protégeaient encore leurs caisses lorsque les membres de la guilde, conduits par Kruger, vinrent renforcer leur défense. La retraite exigea d'abandonner une partie des bagages. Plusieurs journées de travail furent perdues ; tous les voyageurs purent repartir.
Les jours suivants comptèrent davantage que le combat. Les Knights aidèrent à retrouver les caisses dispersées, accompagnèrent les blessés et tinrent les engagements pris au bord de la route. Les Éolides découvrirent une compagnie avec laquelle ils pouvaient travailler, discuter et parfois se quereller sans que chaque désaccord menace toute leur alliance.
Certains choisirent alors de rejoindre la guilde.
Ils y apportèrent leur expérience, leurs recherches et leur fidélité. En retour, ils trouvèrent des compagnons pour explorer des ruines, protéger des expéditions et tenir les positions qu'ils auraient dû abandonner seuls. Leur appartenance aux Aragorn Knights se construisit au fil des missions, avec les mêmes devoirs que les autres membres.
D'autres poursuivirent leur route. Ils restèrent correspondants, partenaires ou simples amis de la compagnie. Les Héritiers du Zéphyr ne devinrent donc jamais une branche entière des Knights : seuls ceux qui le souhaitaient en portèrent les couleurs.
Ce qu'ils rapporteront
Leur histoire demeura traversée par une question difficile : que rapporteraient-ils chez eux, et à quel prix ?
Un savoir capable de préserver Zéphras pouvait aussi devenir une arme. Un engagement pris envers la guilde pouvait retarder un retour attendu sur l'île. Aucun serment n'effaçait ces choix.
Inscrit dans leurs carnets
« Nous rapporterons à Zéphras ce que nous aurons appris. Nous répondrons aussi de ce que nous en aurons fait. »Les Héritiers du Zéphyr